De la forge artisanale au sommet de la construction métallique, l’épopée des Établissements Revellin incarne la métamorphose d’un savoir-faire familial en un fleuron industriel. Cette aventure est le miroir d’une cité rambertoise qui, idéalement située au carrefour des axes rhodaniens, a su transformer son artisanat local en une puissance économique reconnue dans tout le quart Sud-Est.
📌 L’Histoire en Bref
Fondés en 1913 par Marius Revellin, les Établissements Revellin ont marqué l’histoire économique de Saint-Rambert-d’Albon pendant plus de huit décennies. De la modeste forge de six ouvriers installée Place du Marché aux imposantes structures métalliques employant jusqu’à 80 personnes, cette entreprise familiale a su traverser les crises, s’adapter aux mutations techniques et devenir un partenaire de premier plan pour des industriels comme Lafuma ou le secteur de la construction métallique lourde. Son installation finale au quartier de Fixemagne en 1965 marque l’apogée d’un savoir-faire technique aujourd’hui inscrit dans la mémoire patrimoniale locale.
🏭 Saint-Rambert-d’Albon au Début du XXe Siècle : Un Terreau Favorable à l’Industrie
Pour comprendre l’émergence des Établissements Revellin, il convient de replacer Saint-Rambert-d’Albon dans son contexte historique et géographique. Au tournant du XXe siècle, la commune bénéficie d’une position exceptionnelle. Située sur la rive gauche du Rhône, elle s’affirme comme un carrefour ferroviaire stratégique depuis l’inauguration de sa gare en 1854. La ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles traverse la commune, qui dispose également de connexions vers Rives, Grenoble et Firminy.
Cette accessibilité multimodale — fer, route, fleuve — attire naturellement des entrepreneurs désireux de s’inscrire dans la dynamique industrielle naissante. Entre 1913 et 1942, pas moins d’une dizaine d’entreprises industrielles s’installent à Saint-Rambert : tanneries Anneyron-Annaises au Cappa (60 employés), imprimerie Gilet-Thaon, fabricant de meubles Vial, constructeur de tracteurs Le Pratique, ou encore les transports Baude. C’est dans ce contexte bouillonnant que Marius Revellin choisit d’établir sa forge, jetant les bases d’une aventure qui durera jusqu’à la fin du XXe siècle.
⚒️ Première Période (1913-1935) : Les Racines Artisanales
Marius Revellin : Le Fondateur
En 1913, Marius Revellin père installe sa forge Place du Marché, au cœur de Saint-Rambert-d’Albon. L’atelier ne compte alors que six employés. Figure respectée de la vie locale, Marius occupe également la fonction de lieutenant des sapeurs-pompiers. Son atelier répond alors aux besoins quotidiens de la population : ferrures agricoles, outils pour les artisans, petites réparations mécaniques. Le métal, à cette époque, reste profondément lié au monde agricole et à la vie rurale.
L’Association avec M. Dumaine et Emile Chautant
Marius ne travaille pas seul. Il s’associe à M. Dumaine, et ensemble, ils créent l’entreprise « Mécanique et Serrurerie ». Le contremaître mécanique est M. Emile Chautant, reconnu pour ses compétences techniques. L’entre-deux-guerres voit l’atelier s’adapter progressivement à la demande croissante de pièces métalliques pour la reconstruction et l’équipement des infrastructures.
🔧 Seconde Période (1935-1950) : La Mutation Industrielle
Déménagement Avenue de Marseille
En 1935, l’entreprise déménage Avenue de Marseille. Ce changement d’adresse marque un changement d’échelle considérable : l’effectif passe de 6 à 26 employés. L’atelier s’agrandit, se modernise, et commence à répondre à des commandes plus complexes.
L’Arrivée de la Chaudronnerie (1943)
Un tournant majeur survient dans les années 1943 avec l’arrivée de M. Clary, qui avait épousé une fille Revellin. C’est lui qui introduit la chaudronnerie dans l’activité de l’entreprise. Malgré les difficultés de l’Occupation, l’entreprise parvient à maintenir son activité et à se positionner sur de nouveaux marchés. La chaudronnerie — le travail des métaux en feuilles pour réaliser cuves, réservoirs et conduits — ouvre de nouvelles perspectives industrielles.
Le Partenariat Historique avec Lafuma (1945)
L’année 1945 marque un moment décisif : les Établissements Revellin commencent à fabriquer des ferrures pour les sacs tyroliens Lafuma. Cette collaboration avec Lafuma, célèbre fabricant de sacs à dos installé à Anneyron (commune voisine), devient un pilier de l’activité.
Lafuma, fondée en 1930 par les trois frères Victor, Alfred et Gabriel, avait révolutionné le marché en 1936 avec l’invention du sac à dos à armature métallique. Les Établissements Revellin deviennent un maillon essentiel de cette chaîne de production, témoignant de la complémentarité entre savoir-faire locaux et créant une dynamique vertueuse pour l’emploi dans la vallée.
🏗️ Troisième Période (1950-1980) : L’Âge d’Or de la Charpente Métallique
Pierre Revellin et Maurice Gentil Prennent les Rênes
À partir des années 1950, l’entreprise se lance dans la charpente métallique avec M. Pierre Revellin qui rentrait de l’armée, secondé par M. Maurice Gentil. Cette évolution transforme l’atelier paternel en une PME industrielle de premier plan, spécialisée dans les constructions métalliques de grande envergure.
Installation à Fixemagne (1965)
En 1965, l’entreprise s’installe dans ses vastes ateliers du quartier de Fixemagne, et c’est là que Pierre Revellin fonde officiellement sa société de charpente métallique. L’effectif atteint alors 60 à 80 employés, témoignant de l’expansion spectaculaire de l’entreprise. Ce quartier, dont le nom provient de l’ancien prieuré médiéval de Faucemagne (ou Fulcimagne), devient le symbole de la réussite industrielle des Revellin.
Réalisations Notoires
La première charpente fabriquée et montée à Saint-Rambert fut celle du garage Olivier près du Relais de la Tulandière. Le deuxième chantier fut celui du garage Luiton au Creux de la Thine.
Parmi les plus grands chantiers des Établissements Revellin, on compte :
🏢 Liebig au Pontet et Conserve Gare à Nîmes : 17 000 m²
🥩 Les abattoirs de Lyon (aujourd’hui Halle Tony Garnier), structure emblématique de l’architecture industrielle lyonnaise
🎒 Les usines Lafuma et Rodet à Anneyron, consolidant le partenariat historique
🛣️ La passerelle d’Isardrôme au-dessus de l’A7 dans les années 1960, ouvrage d’art remarquable
🏘️ Les Maisons Phénix : à partir de 1970, la fabrication de charpentes pour les maisons préfabriquées était dirigée par M. Jacky Godet
🚐 Les châssis des caravanes Caravelair, construits sous la direction de M. Bonneton
Innovation Technologique
À cette époque, les Établissements Revellin furent la première des trois entreprises françaises à disposer d’une machine à percer la ferraille automatiquement programmée, témoignant de leur engagement dans la modernisation de leurs outils de production.
📉 Quatrième Période (1980-1994) : La Fin d’un Cycle
Un Décès Prématuré
Le décès de Pierre Revellin en 1987 marque le début d’une période de transition difficile. L’entreprise, alors constituée en Société Anonyme (SIREN 435 980 651), tente d’explorer de nouvelles voies, notamment via la société Parelec, spécialisée en électricité industrielle et liée à la famille Revellin. Pierre Revellin avait d’ailleurs été liquidateur de Parelec au milieu des années 1980.
Les Mutations du Secteur
Le secteur de la construction métallique connaît de profondes mutations dans les années 1980 et 1990 : concurrence accrue, évolution des normes, délocalisation de certaines productions. Face à ces défis, le site historique de Fixemagne ferme officiellement ses portes le 25 décembre 1994, mettant fin à plus de 80 ans d’activité ininterrompue à Saint-Rambert-d’Albon.
Un Héritage Qui Perdure
Aujourd’hui, le site de Fixemagne accueille d’autres entreprises industrielles, notamment la société CTCM (Chaudronnerie, Tuyauterie, Charpente Métallique), perpétuant ainsi la tradition métallurgique du lieu. Cette continuité témoigne de la pertinence de l’implantation choisie jadis par les Revellin.
🔑 Les Points Clés à Retenir
✅ Longévité exceptionnelle : Plus de 80 ans d’activité continue (1913-1994)
✅ Croissance spectaculaire : De 6 employés en 1913 à 60-80 employés en 1965
✅ Trois implantations successives : Place du Marché (1913) → Av. de Marseille (1935) → Fixemagne (1965)
✅ Diversification réussie : Passage de la forge artisanale à la chaudronnerie puis à la charpente métallique lourde
✅ Partenariat stratégique : Rôle crucial de sous-traitant pour Lafuma dès 1945, moteur de l’emploi local
✅ Réalisations prestigieuses : Abattoirs de Lyon, passerelle d’Isardrôme, Maisons Phénix, caravanes Caravelair
✅ Innovation technique : Première entreprise française équipée d’une machine à percer programmée
✅ Trois générations : Une aventure familiale incarnée par Marius, son gendre M. Clary, et Pierre Revellin
❓ Foire Aux Questions (FAQ)
Où se trouvaient exactement les ateliers des Établissements Revellin ?
L’entreprise a successivement occupé trois sites à Saint-Rambert-d’Albon : la Place du Marché (1913-1935, 6 employés), l’Avenue de Marseille (1935-1965, 26 employés), puis le quartier de Fixemagne, route de Coinaud (1965-1994, 60-80 employés).
Combien de personnes travaillaient chez Revellin ?
L’effectif a évolué de 6 personnes en 1913 à 26 en 1935, pour atteindre 60 à 80 employés lors de l’apogée de l’entreprise à Fixemagne dans les années 1965-1980.
L’entreprise existe-t-elle encore aujourd’hui ?
Sous sa forme historique d’Établissements Revellin, l’activité a cessé en 1994. Le site de Fixemagne accueille aujourd’hui d’autres entreprises métallurgiques, notamment la société CTCM, qui perpétue la tradition de la chaudronnerie et de la charpente métallique sur ce lieu emblématique.
Quel était le lien entre les Revellin et Lafuma ?
Dès 1945, les Établissements Revellin fabriquaient les ferrures des armatures métalliques pour les célèbres sacs à dos Lafuma. Ce partenariat durable entre deux fleurons locaux a contribué au rayonnement industriel de la valloire drômoise.
Quelles étaient les principales réalisations des Établissements Revellin ?
Parmi les chantiers les plus notoires figurent les abattoirs de Lyon (Halle Tony Garnier), la passerelle d’Isardrôme au-dessus de l’A7, les usines Lafuma et Rodet à Anneyron, les charpentes pour les Maisons Phénix, les châssis pour caravanes Caravelair, et de grands chantiers industriels comme Liebig au Pontet et Conserve Gare à Nîmes (17 000 m²).
Pourquoi le quartier s’appelle-t-il Fixemagne ?
Le nom Fixemagne provient de l’ancien prieuré médiéval de Faucemagne (ou Fulcimagne), mentionné dès le XIIe siècle et rattaché à l’abbaye de l’Île-Barbe. Ce quartier conserve aujourd’hui une vocation industrielle, perpétuant plusieurs siècles d’activité économique.
Qui étaient les principaux dirigeants de l’entreprise ?
L’entreprise fut dirigée successivement par Marius Revellin père (fondateur, 1913), son gendre M. Clary (qui introduisit la chaudronnerie en 1943), et Pierre Revellin (qui développa la charpente métallique à partir de 1950), secondé par Maurice Gentil. Parmi les cadres techniques figuraient Emile Chautant (contremaître mécanique), Jacky Godet (charpentes Phénix), et M. Bonneton (châssis Caravelair).
📚 Glossaire Technique
Chaudronnerie : Travail des métaux en feuilles (acier, inox, cuivre) pour réaliser des réservoirs, des cuves, des conduits ou des éléments de tuyauterie industrielle.
Charpente Métallique : Structure porteuse d’un bâtiment composée d’éléments en acier assemblés par soudure ou boulonnage (poutrelles, colonnes, cadres).
Serrurerie industrielle : Fabrication de petits éléments métalliques fonctionnels ou décoratifs : portails, rampes, escaliers, ferrures, garde-corps.
Armature métallique : Structure rigide en tubes d’acier soudés, utilisée notamment dans les sacs à dos Lafuma pour répartir le poids sur le squelette du porteur.
Ferrures : Pièces métalliques destinées à renforcer, assembler ou décorer un objet (meuble, sac, porte).
Sac tyrolien : Autre appellation du sac à dos à armature métallique inventé par Lafuma en 1936, inspiré des sacs utilisés dans les Alpes.
👤 Mini Biographie : Pierre Revellin (années 1920-1987)
Pierre Revellin incarne la génération qui a fait basculer l’artisanat local dans l’ère industrielle moderne. De retour de l’armée au début des années 1950, il rejoint l’entreprise paternelle et la transforme radicalement aux côtés de Maurice Gentil. Visionnaire, il comprend très tôt que la construction métallique représente l’avenir de la profession. Les « Trente Glorieuses », avec leur urbanisation galopante et leurs grands chantiers d’infrastructure, confirment son intuition.
Homme de terrain autant que gestionnaire avisé, Pierre Revellin développe un réseau de clients prestigieux et fait rayonner le nom des Établissements Revellin bien au-delà de la Drôme. En 1965, il fonde sa société de charpente métallique à Fixemagne et porte l’effectif à 60-80 employés. Sous sa direction, l’entreprise innove en s’équipant de machines automatisées programmables, une première en France pour percer la ferraille.
Son décès en 1987 prive l’entreprise d’un pilier irremplaçable. Il reste aujourd’hui une figure marquante de l’entreprenariat industriel drômois du XXe siècle, symbole d’un savoir-faire technique allié à une capacité d’anticipation des mutations économiques.
📖 Bibliographie & Sources
📌 Sources d’Archives Vérifiées
- Mémoires d’entreprises rambertoises, ouvrage documentaire local (pages 74-79)
- Tableau historique des entreprises industrielles de Saint-Rambert-d’Albon (1913-1946)
- Registre du Commerce et des Sociétés (SIREN 435 980 651)
📌 Archives Municipales & Départementales
- Cadastre de Saint-Rambert-d’Albon (1826)
- Bulletins municipaux historiques de Saint-Rambert-d’Albon
- Archives départementales de la Drôme
📌 Ouvrages & Études Locales
- Études drômoises (revue de la Société d’archéologie et d’histoire de la Drôme)
- Archives de la mémoire industrielle drômoise
- Documentation Lafuma (histoire de l’entreprise et partenariats locaux)
📌 Témoignages & Mémoire Orale
- Mémoires d’anciens salariés et résidents de Saint-Rambert-d’Albon
- Archives privées d’entreprises locales
🔗 Liens Utiles
📂 Archives Départementales de la Drôme
🏛️ Patrimoine Industriel Auvergne-Rhône-Alpes
🏢 CTCM – Chaudronnerie Tuyauterie Charpente Métallique (successeur sur le site de Fixemagne)
🎒 Lafuma – Histoire de la marque
🏛️ Halle Tony Garnier – Lyon (anciens abattoirs)
🏘️ Maisons Phénix – Histoire
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