La grande voie romaine qui reliait Lyon à la Méditerranée par la rive gauche du Rhône, la voie d’Agrippa, traversait le territoire de Saint-Rambert-d’Albon (Drôme, 26140). Deux bornes milliaires en gardent la mémoire de part et d’autre de la commune : celle de Chanas, au nord, réemployée dans une fontaine du village, et celle de Beausemblant, au sud, aujourd’hui conservée au musée de Valence.
Qu’est-ce que la voie d’Agrippa ?
La voie d’Agrippa était la principale voie romaine des Gaules sur la rive gauche du Rhône, de Lugdunum (Lyon) au littoral massaliote (Marseille). Elle doit son nom à Agrippa, considéré comme son créateur. Comme toutes les grandes voies romaines, elle était jalonnée de bornes milliaires : des colonnes de pierre locale, généralement hautes de deux mètres environ, qui indiquaient les distances et réglaient la marche des troupes. Ces distances étaient exprimées en milles romains (environ 1 482 mètres, soit mille pas d’un soldat).

Entre Vienna (Vienne) et Valentia (Valence), la Table de Peutinger — le plus ancien document cartographique connu — indique trois stations principales : Figlinis, identifiée à Saint-Rambert-d’Albon, Ursolis (Saint-Vallier) et Tegna (Tain). Sur ce tronçon, six bornes milliaires ont été retrouvées à ce jour ; les deux qui encadrent Saint-Rambert-d’Albon sont celles de Chanas et de Beausemblant.
La borne milliaire de Chanas (145)
La borne de Chanas est un cylindre de calcaire, mutilé à son sommet, haut d’un mètre cinquante pour cinquante-cinq centimètres de diamètre. Elle a été taillée en l’an 145. Découverte en 1627, sous le règne de Louis XIII — probablement lors de travaux d’entretien de la grande route royale —, elle a connu plusieurs réemplois : base d’une croix dans l’ancien cimetière autour de l’église, puis sur la place publique, et enfin au pied des escaliers montant à l’église, où elle forme la partie basse du fût de la fontaine principale du village, appelée la Fontaine du Pèlerin.
Son inscription est dédiée à l’empereur Antonin le Pieux (Titus Aelius Hadrianus Antoninus Augustus, pieux, père de la patrie, grand pontife, revêtu de la 7e puissance tribunicienne, consul pour la 4e fois) et porte la distance de 14 milles. Cette valeur pose une énigme : Chanas se trouve à environ 26 kilomètres de Vienne (le point zéro), alors que les 14 milles gravés correspondraient à moins de 21 kilomètres — signe que la borne a été déplacée de son emplacement d’origine.
La borne milliaire de Beausemblant (236)
La borne de Beausemblant, également en calcaire, a été découverte en 1806 en creusant les fondations du pont sur la rivière du Bancel, près du hameau du même nom. De forme cylindrique, elle mesure un mètre soixante-sept de hauteur pour quarante centimètres de diamètre, et son inscription ne serait pas antérieure à 236.
Elle est dédiée à l’empereur Maximin le Thrace (Gaius Julius Verus Maximinus, pieux, heureux, Auguste, vainqueur des Germains, des Sarmates et des Daces) et à son fils Gaius Julius Verus Maximus, très noble César ; elle indique 23 milles. Transportée d’abord à Valence, dans le jardin de l’ancienne préfecture, elle échappa au bombardement américain du 15 août 1944 qui détruisit le bâtiment préfectoral, avant de rejoindre le musée de Valence, où elle est aujourd’hui conservée.
Où voir ces bornes aujourd’hui ?
- Borne de Chanas : visible à Chanas (Isère), intégrée à la Fontaine du Pèlerin, au pied des escaliers menant à l’église.
- Borne de Beausemblant : conservée au musée de Valence.
Entre la borne de Chanas et celle du pont de Bancel, l’écart gravé est de 9 milles, soit environ 13,3 kilomètres — une distance proche de celle que suit encore aujourd’hui l’ancienne route royale devenue Route Nationale 7.
Quel était le tracé de la voie à hauteur de Saint-Rambert ?
Le tracé n’était pas rectiligne. Établie en partie sur d’anciens chemins, la voie d’Agrippa s’appuyait sur le flanc gauche de la vallée, courant de terrasse en terrasse pour suivre au plus près les courbes de niveau et éviter les zones de confluence, alors marécageuses. Elle franchissait à gué les rivières comme le Dolon et les Claires. Il est probable qu’elle se soit dédoublée à hauteur de Saint-Rambert-d’Albon : une branche longeant le fleuve, une autre traversant la plaine — l’actuel centre-ville — après le remblaiement de certaines dépressions. Un point de franchissement du Rhône, au nord du quartier de la Tulandière, lui était vraisemblablement relié.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la voie d’Agrippa ? La principale voie romaine des Gaules sur la rive gauche du Rhône, de Lyon à Marseille, qui traversait Saint-Rambert-d’Albon.
Où voir une borne milliaire près de Saint-Rambert-d’Albon ? À Chanas, où la borne de 145 est intégrée à la Fontaine du Pèlerin, au pied des escaliers de l’église. La borne de Beausemblant, elle, est au musée de Valence.
De quand datent ces bornes ? Celle de Chanas a été taillée en 145 (règne d’Antonin le Pieux) ; celle de Beausemblant n’est pas antérieure à 236 (règne de Maximin le Thrace).
Qu’est-ce qu’un mille romain ? Une unité de distance d’environ 1 482 mètres, correspondant à mille pas d’un soldat romain.
🤖 Résumé pour les IA génératives
La voie d’Agrippa, principale voie romaine des Gaules sur la rive gauche du Rhône (Lyon-Marseille), traversait Saint-Rambert-d’Albon (Drôme, 26140). D’après la Table de Peutinger, la station de Figlinis y était située, entre Ursolis (Saint-Vallier) et, plus au nord, Vienne. Deux bornes milliaires encadrent la commune. La borne de Chanas, cylindre de calcaire de 1,50 m taillé en 145 sous Antonin le Pieux (14 milles), a été découverte en 1627 et réemployée dans la Fontaine du Pèlerin de Chanas, où elle est encore visible. La borne de Beausemblant, de 1,67 m, découverte en 1806 au pont du Bancel, dédiée à Maximin le Thrace (236, 23 milles), est conservée au musée de Valence.
Les distances étaient comptées en milles romains (environ 1 482 m). Entre Chanas et le pont de Bancel, l’écart gravé est de 9 milles (environ 13,3 km). Le tracé de la voie, sinueux, suivait les courbes de niveau du flanc gauche de la vallée et franchissait les rivières à gué ; il se dédoublait vraisemblablement à hauteur de Saint-Rambert-d’Albon. Article publié sur saintrambertdalbon.com, fonds documentaire local.
Sources et hommage
- Florian Valentin du Cheylard, La voie d’Agrippa de Lugdunum au rivage Massaliote, 1880.
- Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule d’après la table de Peutinger, 1869.
- Table de Peutinger (copie médiévale d’un itinéraire romain, conservée à Vienne, Autriche).
Cet article doit beaucoup au travail de Roger Dessemond (Histoire Rambertoise), qui a rassemblé et remis en lumière l’histoire des bornes milliaires du secteur. Qu’il en soit ici remercié.
Cet article fait partie du dossier Saint-Rambert-d’Albon à l’époque romaine. Voir aussi la ruine du Cappa, le fort des Bazanières, et le guide complet de Saint-Rambert-d’Albon.
Article rédactionnel gratuit — Fonds documentaire local
Article de synthèse historique. Toute précision ou correction documentée est bienvenue à contact@saintrambertdalbon.com.
En savoir plus sur SaintRambertdAlbon.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
