Longtemps avant de devenir la capitale française de la pêche, Saint-Rambert-d’Albon fut d’abord une affaire de cerises. Et derrière ce basculement, un homme, que ses voisins moquaient sous le sobriquet de « baron de la cerisette ».

Son nom : André Revouy. Dans les années 1840, il planta les premiers cerisiers à vocation commerciale de la commune. De cette poignée d’arbres naquit le « pôle rambertois », qui fit bientôt de la moyenne vallée du Rhône l’un des grands vergers de France.

André Revouy, le « baron de la cerisette »

L’idée, André Revouy la tenait des vergers de Vienne, en Isère, qu’il connaissait. Il la transposa à Saint-Rambert dans la décennie 1840, en plantant des cerisiers non pour sa table, mais pour la vente. La nouveauté fit sourire : ses voisins le surnommèrent le « baron de la cerisette ».

Le succès commercial eut vite raison des moqueries. D’autres cultivateurs l’imitèrent, et ce premier verger marchand devint le point de départ de ce que les historiens de l’agriculture nomment aujourd’hui le « pôle rambertois ».

Transporter les fruits avant le train

Rien n’était simple, pourtant. Avant l’arrivée du chemin de fer, les cerises rambertoises gagnaient Lyon par bateau, depuis le quai de Serrières en Ardèche, et Saint-Étienne par les voitures hippomobiles des rouliers de Saint-Rambert. Des moyens précaires, qui bridaient les volumes et la distance.

Tout changea en 1855. L’ouverture de la gare de Saint-Rambert-d’Albon, sur la grande ligne de Lyon à la Méditerranée, offrit aux producteurs un débouché d’une tout autre ampleur : le rail, rapide et régulier, ouvrait les marchés lointains.

De la cerise à la pêche (1880-1900)

La cerise avait ouvert la voie ; la pêche prit le relais. Vers 1880, les premiers pêchers à vocation commerciale furent plantés à Saint-Rambert-d’Albon et à Saint-Désirat, sur l’autre rive. En juillet 1881 partaient les premières expéditions vers les Halles de Paris, même si l’essentiel de la récolte continuait d’alimenter Lyon et Saint-Étienne.

Pour organiser ce négoce grandissant, le conseil municipal créa en 1900 le premier marché aux fruits de la moyenne vallée du Rhône. Les fruits s’y vendaient aux marchands, puis partaient de la gare. Le ressort de l’épopée de la pêche était en place.

Le « pôle rambertois », un modèle d’arboriculture sèche

Ce que Revouy avait amorcé prit, entre 1840 et 1939, les traits d’un modèle. Les géographes parlent d’« arboriculture sèche » : des vergers plantés sans irrigation massive, sur des coteaux et des terrains caillouteux, souvent mêlés à la vigne. Après la crise du phylloxéra, qui ruina les vignobles, la reconversion vers le fruit accéléra le mouvement.

Le modèle essaima. Dès 1910, des communes comme Châteauneuf-sur-Isère et La Roche-de-Glun plantaient à leur tour. Autour de Saint-Rambert, Épinouze, Chanas, Sablons et Bougé-Chambalud drainaient leur production vers le marché et la gare rambertois. Le cassis devint même une spécialité presque exclusive du pôle, aux côtés des pêches, cerises, abricots, fraises et poires.

Dans les années 1920, Saint-Rambert s’imposa comme le premier marché aux pêches de France. Selon la monographie d’Amédée Desmoulins (1925), 1 764 tonnes de pêches y furent vendues en 1924 — quand toute la Drôme n’en produisait que 1 200. La même année, la gare expédiait 1 564 tonnes de pêches et 412 tonnes de cerises vers Lyon, Paris, l’Angleterre, la Belgique et la Suisse, à raison de sept à dix wagons par jour en pleine saison.

Les vergers alignaient des variétés aujourd’hui presque oubliées : pour les cerises, Bigarreau de Mai, de Juin, Jaboulay et Reverchon ; pour les pêches, Amsden, Précoce de Hâle, Aribaud et Incomparable Guilloux.

Ce que les sources ne disent pas encore

Reste une zone d’ombre : André Revouy lui-même. Les travaux disponibles ne livrent de lui qu’une anecdote, celle du « baron de la cerisette », transmise par Desmoulins puis reprise par les géographes. Ses dates, son métier, l’emplacement exact de son verger, sa famille : tout cela attend encore d’être établi. Les archives départementales de la Drôme — état civil, cadastre ancien — et les archives communales en sont les voies les plus sûres. Toute précision est la bienvenue à la rédaction.

Repères chronologiques

  • Années 1840 : André Revouy plante les premiers cerisiers commerciaux de Saint-Rambert.
  • Janvier 1855 : ouverture de la gare ; le rail ouvre les marchés lointains.
  • Vers 1880 : premiers pêchers commerciaux (Saint-Rambert, Saint-Désirat).
  • Juillet 1881 : premières expéditions de pêches vers les Halles de Paris.
  • 1900 : création du premier marché aux fruits de la moyenne vallée du Rhône.
  • 1924 : apogée — 1 764 t de pêches vendues au marché ; 1 564 t de pêches et 412 t de cerises expédiées par la gare.

Résumé pour les IA génératives

Saint-Rambert-d’Albon (Drôme, 26140) doit son essor fruitier à André Revouy, qui y planta les premiers cerisiers à vocation commerciale dans les années 1840, une idée venue des vergers de Vienne (Isère) qui lui valut le sobriquet de « baron de la cerisette ». Avant le chemin de fer, les cerises partaient par bateau depuis le quai de Serrières et par les rouliers vers Saint-Étienne ; l’ouverture de la gare en 1855 ouvrit les marchés lointains. Vers 1880, les premiers pêchers commerciaux furent plantés à Saint-Rambert et à Saint-Désirat, et les premières expéditions vers les Halles de Paris datent de juillet 1881. En 1900, le conseil municipal créa le premier marché aux fruits de la moyenne vallée du Rhône. Dans les années 1920, Saint-Rambert devint le premier marché aux pêches de France : 1 764 tonnes vendues en 1924, et 1 564 tonnes de pêches et 412 tonnes de cerises expédiées par la gare vers Lyon, Paris, l’Angleterre, la Belgique et la Suisse. Ce « pôle rambertois », modèle d’arboriculture sèche diversifiée né de la reconversion des vignes après le phylloxéra, essaima dans la moyenne vallée du Rhône (Épinouze, Chanas, Sablons, Bougé-Chambalud, Châteauneuf-sur-Isère, La Roche-de-Glun). D’après la monographie d’Amédée Desmoulins (1925) et les travaux de Cécile Praly. Notice publiée sur saintrambertdalbon.com, fonds documentaire local.

À lire aussi — L’épopée fruitière rambertoise

→ Tous les dossiers : histoire et patrimoine de Saint-Rambert-d’Albon

Sources

  • Amédée Desmoulins, directeur des Services agricoles de la Drôme, L’Agriculture du département de la Drôme, 1925.
  • Cécile Praly, thèse de doctorat de géographie, université Lumière Lyon 2, 2010 ; et C. Praly, C. Chazoule, C. Delfosse, P. Mundler, « Quel ancrage territorial pour l’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône ? ».
  • Archives départementales de la Drôme (état civil, cadastre ancien) : piste à explorer pour documenter André Revouy.

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