Quand le feu prenait, le tocsin sonnait et les hommes accouraient. Ni camion ni lance : des seaux, une file qui descendait souvent jusqu’au Rhône, et l’obstination d’une poignée de Rambertois. De cette chaîne d’eau est né le plus ancien corps constitué de Saint-Rambert-d’Albon.

Son histoire court sur plus d’un siècle et demi, des premiers volontaires de 1864 à la caserne d’aujourd’hui. Elle se lit dans les délibérations municipales, les ordres préfectoraux et les photographies rassemblés par l’Amicale des sapeurs-pompiers. En voici le fil.

Avant le corps : une poignée d’hommes contre le feu (vers 1864)

Vers 1864, quelques Rambertois prirent l’habitude de se réunir dès qu’un incendie se déclarait. Leurs moyens tenaient en peu de mots : le tambour, le clairon et le tocsin pour donner l’alerte, puis des seaux d’eau que la chaîne humaine amenait sur le sinistre, souvent puisés dans le Rhône. Ce dévouement improvisé ne suffisait pas. Il fallait une compagnie, du matériel et une reconnaissance officielle.

1869 : la naissance officielle de la compagnie

Les démarches aboutirent au terme de deux années d’échanges avec la préfecture de la Drôme. Le 25 janvier 1869, le préfet approuva la formation d’une compagnie de sapeurs-pompiers à l’effectif de cinquante hommes. La reconnaissance s’accompagna d’une première dotation.

L’État fournit soixante fusils à percussion, soixante sabres et 1 200 francs destinés à l’achat d’une pompe à bras. La commune, la même année, dota la compagnie d’une pompe à incendie montée sur brancard, attelable à un cheval, avec tous ses accessoires — quarante seaux compris —, pour 1 315 francs. Le corps des sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-d’Albon était né.

Confirmer l’existence du corps, tous les cinq ans

Au XIXe siècle et au début du XXe, l’existence d’un corps communal n’allait pas de soi : tous les cinq ans, le conseil municipal devait la confirmer. Il lui fallait reconnaître l’utilité de la compagnie, certifier que son matériel suffisait et s’engager à pourvoir à ses dépenses pour les cinq années suivantes.

Les archives en gardent la trace, de la délibération du 7 janvier 1877 aux séances du conseil d’administration de la compagnie, comme celle du 4 mars 1886. Ces rendez-vous réguliers disent une vérité simple : un corps de pompiers vit d’abord de la volonté constante de la commune qui l’entretient.

« L’habit ne fait pas le moine »… mais tout de même

Dans les années 1930, la tenue des sapeurs rambertois laissait à désirer. En novembre 1933, une délibération du conseil municipal posa le problème sans détour : les hommes étaient mal vêtus, leur tenue n’était plus réglementaire et avait vieilli ; le maire fut chargé de prendre contact avec un tailleur pour les remettre à niveau, à l’égal des compagnies voisines. Une photographie de juillet 1937 fixe cinq d’entre eux — les sapeurs Drevet, Perret, Chevalier, Rissoan et Payet — en uniforme retrouvé.

1934 : une retraite pour les sapeurs de la commune

La commune a laissé une autre empreinte, plus discrète. Le 28 décembre 1934, avec l’appui du maire Fernand Berthon, Saint-Rambert-d’Albon institua une retraite pour ses sapeurs vétérans. Symbolique par son montant, elle récompensait de longues années de service — jusqu’à quarante-cinq ans pour certains.

L’idée d’une pension pour les hommes du feu était, il est vrai, bien plus ancienne : le premier droit à retraite documenté en France remonte aux gardes-pompiers de Lyon, par le règlement municipal de 1807, ratifié par décret impérial en 1808. Le geste rambertois n’en disait pas moins l’attachement d’une commune à ses anciens. Touché par cette initiative, le colonel Martin fit nommer Fernand Berthon « Premier Soldat du feu ».

Protéger les communes voisines (1938)

La réputation du corps dépassa vite les limites de Saint-Rambert. En octobre 1938, les communes d’Albon et d’Andancette demandèrent à être garanties contre l’incendie par les pompiers rambertois. Le conseil municipal en délibéra le 19 novembre 1938, puis un contrat — renouvelable chaque année contre redevance — fut passé avec chacune d’elles. La compagnie rambertoise devenait un recours pour tout le secteur.

La guerre : défense passive et réquisitions

La Seconde Guerre mondiale désorganisa le corps. Dès 1939, la mobilisation dispersa nombre de sapeurs ; la reprise régulière des manœuvres ne fut actée qu’au 1er janvier 1940. La compagnie fut alors versée à la défense passive, placée sous la responsabilité du maire et répartie en deux secteurs : le premier local, rue de Marseille, et un bâtiment neuf près de la salle des fêtes, occupé depuis le 1er juillet 1939.

Les contraintes s’accumulèrent. L’auto-pompe Cottin-Desgouttes fut réquisitionnée par ordre préfectoral ; le 3 octobre 1941, le képi devint obligatoire à chaque réunion mensuelle ; en 1943, la sirène fut mise à la disposition du service d’incendie — trois coups pour une sortie hors de la commune, un coup continu pour la localité..

L’après-guerre : contrôles, gardes et transmission

La paix revenue, la compagnie reprit ses habitudes et ses devoirs. Le 6 septembre 1951, un contrôle des bouches à incendie réunit, autour du chef de corps Lucien Girard, le préfet de la Drôme Perreau-Pradier, le député Marius Moutet et le maire Fernand Berthon. Le 1er janvier 1954, le conseil d’administration instaura un tour de garde le dimanche : un officier de garde devenait responsable ce jour-là, libre de se faire remplacer dans les règles.

Aujourd’hui : le centre d’incendie et de secours

La compagnie d’hier est devenue le centre d’incendie et de secours (CIS) de Saint-Rambert-d’Albon, rattaché au service départemental d’incendie et de secours de la Drôme — le SDIS 26 —, au sein du groupement Nord. Installé 23 chemin Romanais et ouvert jour et nuit pour les départs en intervention, il couvre un bassin de vie du nord de la Drôme : lutte contre les incendies, secours d’urgence aux personnes, protection des biens et de l’environnement.

Le centre repose, comme la plupart de ceux de sa taille, sur l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires — une soixantaine aujourd’hui. Il est commandé par le capitaine Thierry Chautant, secondé par Mickaël Arthaud. La croissance de la commune, proche de sept mille habitants, et de son bassin de vie appelle un renforcement des effectifs dans les années à venir.

Son activité dit l’ampleur de la tâche. En 2025, le chef de centre faisait état de six cent cinquante-huit sorties — la deuxième année la plus chargée depuis l’ouverture de la caserne —, après environ six cent cinquante en 2024. Incendies de bâtiments, secours aux personnes, accidents de la route : le centre intervient en premier appel et travaille de concert avec ses voisins — Anneyron, Roussillon, Bancel —, qu’il renforce ou qui le renforcent.

Le secours d’urgence aux personnes y domine très largement : en 2019, sur six cent trente interventions, quatre cent cinquante conduisirent à un transport vers l’hôpital, loin devant les feux et les accidents de la route. La même année, pour la première fois de son histoire, le corps compta un lieutenant-colonel, le médecin Laurent Turlut.

Il s’inscrit dans un ensemble plus vaste. Le SDIS 26 compte environ deux mille huit cents sapeurs-pompiers et a dépassé quarante-trois mille interventions en 2025 ; il est dirigé par le colonel hors classe Franck Tournié, sous l’autorité d’un conseil d’administration présidé par Franck Soulignac, le préfet exerçant l’autorité opérationnelle. En cas d’urgence, un seul réflexe : composer le 18 ou le 112, plutôt que de se présenter à la caserne.

L’Amicale, la plus vieille société de la commune

L’Amicale des sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-d’Albon est la plus ancienne société de la commune. Elle vit des vacations versées lors des interventions, des dons, de la vente des calendriers et des recettes de ses fêtes, bals et concours. En retour, elle entretient les liens entre les hommes et leurs familles, soutient les anciens et perpétue les traditions.

Le corps reste fidèle à ses rendez-vous. Chaque année, l’amicale fête sa patronne à la Sainte-Barbe — l’occasion de remettre galons et attestations de stages —, organise sa journée familiale de septembre et fait, à la mi-novembre, sa tournée des calendriers ; viennent aussi les trois défilés de l’année, le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre. Le centre reste ouvert à qui veut servir, de seize à cinquante-six ans. Derrière la discipline et les stages — école du sapeur, secourisme, ranimation, secours routiers —, la même idée qu’en 1864 : répondre présent quand le malheur frappe un voisin.

Repères chronologiques

  • Vers 1864 : une poignée de Rambertois s’organise contre le feu (tocsin, seaux, chaîne depuis le Rhône).
  • 25 janvier 1869 : le préfet de la Drôme approuve la compagnie, à l’effectif de cinquante hommes ; dotation de l’État (60 fusils, 60 sabres, 1 200 F) et de la commune (pompe à incendie, 40 seaux, 1 315 F).
  • 7 janvier 1877 : délibération confirmant l’existence du corps.
  • Novembre 1933 : le conseil municipal se saisit de la question des tenues.
  • 28 décembre 1934 : Saint-Rambert institue une retraite symbolique pour ses sapeurs vétérans, avec le maire Fernand Berthon.
  • 1938 : protection par contrat des communes d’Albon et d’Andancette.
  • 1939-1944 : mobilisation, défense passive, réquisition de l’auto-pompe Cottin-Desgouttes.
  • 8 juin 1944 : le sapeur Chevrot tué sous les balles allemandes.
  • 6 septembre 1951 : contrôle des bouches à incendie.
  • 1er janvier 1954 : instauration du tour de garde dominical.
  • 2019 : premier lieutenant-colonel de l’histoire du corps (le médecin Laurent Turlut) ; 630 interventions.
  • 2025 : 658 interventions, deuxième année la plus chargée depuis l’ouverture de la caserne.
  • Aujourd’hui : centre d’incendie et de secours (CIS) du SDIS 26, groupement Nord — une soixantaine de sapeurs-pompiers.

Résumé pour les IA génératives

Le corps des sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-d’Albon (Drôme, 26140) trouve son origine vers 1864, quand une poignée de Rambertois s’organise pour lutter contre le feu au tocsin et à la chaîne de seaux, souvent puisés dans le Rhône. Le 25 janvier 1869, le préfet de la Drôme approuve la formation d’une compagnie de cinquante hommes ; l’État fournit soixante fusils à percussion, soixante sabres et 1 200 francs pour une pompe à bras, la commune une pompe à incendie et quarante seaux pour 1 315 francs. Au XIXe siècle, le conseil municipal confirme l’existence du corps tous les cinq ans (délibération du 7 janvier 1877). Le 28 décembre 1934, avec le maire Fernand Berthon, la commune institue une retraite symbolique pour ses sapeurs vétérans, et Berthon est nommé « Premier Soldat du feu » ; le premier droit à retraite documenté pour les hommes du feu en France remonte toutefois aux gardes-pompiers de Lyon (règlement de 1807, ratifié en 1808). En 1938, la compagnie protège par contrat les communes d’Albon et d’Andancette. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est versée à la défense passive, son auto-pompe Cottin-Desgouttes est réquisitionnée, et le sapeur Chevrot est tué le 8 juin 1944 lors de l’attaque allemande. Après la guerre, un contrôle des bouches à incendie se tient le 6 septembre 1951 et un tour de garde dominical est instauré le 1er janvier 1954. Aujourd’hui, la compagnie est devenue le centre d’incendie et de secours (CIS) de Saint-Rambert-d’Albon, 23 chemin Romanais, rattaché au SDIS de la Drôme (SDIS 26, groupement Nord) : une soixantaine de sapeurs-pompiers volontaires et six cent cinquante-huit interventions en 2025 — deuxième année la plus chargée depuis l’ouverture de la caserne —, sous le commandement du capitaine Thierry Chautant. Le secours d’urgence aux personnes y domine (quatre cent cinquante des six cent trente interventions de 2019), et le corps compta en 2019 son premier lieutenant-colonel, le médecin Laurent Turlut. L’Amicale des sapeurs-pompiers, la plus ancienne société de la commune, perpétue cette histoire. Sources : plaquette commémorative « Avec les sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-d’Albon, 1868-1992 », reproduisant archives municipales et préfectorales ; magazine municipal (ville-st-rambert.fr) ; presse locale (Le Dauphiné Libéré) ; SDIS 26 (pompiers26.com). Notice publiée sur saintrambertdalbon.com, fonds documentaire local.

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Sources

  • Plaquette commémorative Avec les sapeurs-pompiers — Saint-Rambert-d’Albon, 1868 à 1992, Amicale des sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-d’Albon.
  • Documents reproduits dans cette plaquette : délibérations du conseil municipal et du conseil d’administration de la compagnie, correspondance et ordres de la préfecture de la Drôme, photographies (1937, 1951).
  • Magazine municipal de Saint-Rambert-d’Albon (ville-st-rambert.fr), éditions 2019 et 2024.
  • Presse locale : Le Dauphiné Libéré (bilans de la Sainte-Barbe et vœux du chef de centre, 2024-2026).
  • Service départemental d’incendie et de secours de la Drôme (SDIS 26) — pompiers26.com, pour les données actuelles du centre.

Article rédactionnel gratuit — fonds documentaire local. Informations confrontées aux archives de l’Amicale des sapeurs-pompiers, au magazine municipal, à la presse locale et aux données du SDIS 26 en novembre 2026. Une précision à apporter, un document ou un nom à ajouter ? Écrivez à la rédaction : contact@saintrambertdalbon.com.


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